
McDo : le gras qui tâche reviendra-t-il ?
LeReilly en a marre de la pub aseptisée de McDo ! Il milite pour un retour à la grosse pub avec du gros gras qui tâche…
Une jeune femme mange un burger pimenté et se met à hurler au lieu de parler, parce que ça pique. Deux amis discutent de l’ordre des ingrédients dans un cheeseburger. Une campagnarde passe à travers champs pour aller au drive-in en vélo.
Bienvenue dans le monde merveilleux de la communication de Mc Donald’s France. Une sorte d’univers parallèle aux couleurs vives où tout le monde est beau, cool, mince, et aime manger des burgers. Tout ça parce que depuis plusieurs années, McDo monde (et France plus particulièrement) fait tout pour élargir sa cible, parler aux gens normaux et leur vendre un max de junk food, cher. Parce que plus tu redores ton image (le rouge du logo qui devient vert), tes produits (les infos conso, sur les packagings), plus tu peux faire payer cher ton menu. Ce qui donne une nouvelle illusion de qualité (c’est cher = c’est bien). Cercle vertueux.
Quand j’étais môme, le DoMac c’était un unique mercredi par mois, avec ma mère et mon petit frère. On l’attendait putain. C’était la petite concession de la haute autorité parentale, qui passait le reste du temps à cuisiner des trucs à base de légumes. Le burger a toujours été pour moi quelque chose de subversif.

Quand j’ai commencé à avoir un peu d’argent de poche, assez pour dîner dehors, aller au DoMac restait sale, un truc honteux mais bon. C’était aussi dire merde à mes parents, aux conseils nutrition dont on m’avait toujours gavé. Qu’importe, pourvu qu’on ait l’ivresse. Plus tard, j’ai eu de l’embonpoint, entretenu à coup de Royal Deluxe (le burger classique le plus calorique de la carte pour info). En plus du coût monétaire (3€60), du coup moral (ma mère désapprouve), je payais un coup physique (je vais devoir me priver ou faire du sport).
Manger au DoMac, c’était mal. C’était subversif.
Depuis, on nous explique qu’il faut venir comme on est, que les steaks sont cuits sans additif et que les tomates cerises dans le Happy Meal sauvent les enfants. La communication de Mc Donald’s France ne rend pas l’image de la marque normale à mes yeux, mais plutôt hypocrite.
Dès qu’une nouvelle campagne publicitaire envahit mes orbites, j’ai envie de me pendre (ou d’aller chez Quick, ce qui revient au même, en plus long et douloureux). Les plus cyniques diront que c’est une bonne stratégie de com’, qu’on se fout des fanboys et que si Nintendo peut vendre Wii Fit à ta grand-mère, DoMac peut faire bouffer des CBO à ton grand-père. Sauf que j’entrevois une alternative, une autre voie, à mi chemin entre la crasse malbouffe et l’hypocrisie grand public.

Venez comme vous êtes.
Le Cool. Avec un C majuscule.
Au lieu de camoufler l’éléphant au milieu du salon, Mc Donald’s pourrait simplement jouer franc jeu. Oui, la junk food c’est sale, mais c’est bon. Surtout, comme la clope, l’alcool et tous ces trucs pas bons pour toi mais que tu fais quand même, c’est Cool. Il y aura toujours plus de gens prêts à se mettre en danger si ça leur fait frétiller les neurones que de bigots, d’antis et de bien pensants. Confère l’industrie du tabac, qui se porte plutôt bien.
Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si tout l’internet français s’enflamme à la moindre mention du retour de Burger King en France. BK, ce n’est certes pas chez nous (l’herbe verte belle ailleurs), mais c’est surtout cool, c’est gras, juteux, punk. Pendant ce temps, ta mère va au DoMac manger un burger allégé au poulet non-pané et sauce zéro pour cent. Mc Donald’s a perdu le combat pour le cœur des amoureux de junk food en les reniant.
Ceux-ci préfèrent espérer le retour d’un Whopper pas si exceptionnel alors que les meilleurs burgers industrialisés du monde sortent chez nous, en France. Un 280 vaudra tous les baconnators de Wendy’s, qui éclatent eux-mêmes tous les Triple Whoppers de BK. Seulement, c’est trop de dur de l’admettre, vu comment la marque parle à ce qui était son cœur de cible. Maintenant on a toujours honte d’aller au DoMac, mais pour les mauvaises raisons.
Parce que le jour où ma petite amie a arrêté de se plaindre des ciné-macdos et à commencer à les proposer, quelque chose s’est brisé en moi. Alors je commande à emporter et dîne en douce chez moi, en laissant choir un peu de sauce sur le clavier de l’ordinateur portable, en souvenir du bon vieux temps.
Pour retrouver le crade que j’ai tant aimé.
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