Novembre, le mois où j'ai envie de rentrer à la maison

Novembre, le mois où j’ai envie de rentrer à la maison

8 novembre 2011

Charles-Édouard est expat’ français à Madrid. Le moins qu’on puisse dire, c’est que novembre lui réussit pas. Témoignage.

Le mois de novembre arrive, et avec lui, comme chaque année, l’ouverture de la saison où j’ai envie de rentrer vivre en France. Novembre, son climat humide, même en Espagne, même à Madrid. Novembre, ses jours tellement courts que t’as l’impression de jamais le voir (le jour), et même si tu le vois de toutes façons, t’as envie d’ouvrir le gaz tellement c’est gris. Novembre, qui du haut de ses maximales frôlant les 10 degrés (oui ça va je vis dans le sud et j’ai quand même le droit de me plaindre) arbore fièrement son titre de mois le plus glauque de l’année.

Car enfin, qu’y’a-t-il de bien en novembre ? C’est le mois avant Noël ok, mais à part ça, il n’y a rien qui vaille le coup d’être sauvé. Et tant pis pour vous si vous êtes nés en novembre. Pour moi, ce mois est et restera le mois qui ouvre la voie à cinq autres de doutes. Que fais-je ici ? Pourquoi est-on venu vivre si loin de tout (que tous les expats de New York, Katmandou et autres lieux lointains et exotiques me jettent la première pierre) ? A-t-on vraiment un avenir ici ? Qu’est-ce qu’être expat ? Dois-je rencontrer David Douillet ? En partie pour votre plaisir, mais surtout dans le but de me soigner, je vais tenter de répondre à ces questions.

On n’est plus vraiment français, mais on n’est pas non plus de la nationalité du pays d’accueil.

Être expat, c’est avant tout être apatride. Voilà c’est dit, je jette le pavé dans la marre. Une fois que l’on part, c’est fini, terminé. On n’est plus vraiment français, mais on n’est pas non plus de la nationalité du pays d’accueil. On ne le sera jamais, pas plus qu’on ne redeviendra français d’ailleurs. On devient une sorte de monstre.

Non pas par la démesure physique, mais plutôt du fait qu’on devient une sorte de mélange dégueulasse d’amour débile à la mère-patrie et de rejet de celle-ci. Il en va de même quant au pays d’accueil : on devient espagnols de coeur pour ce qui nous plaît et on crache sur le reste, couvert par le manteau de notre nationalité française (« je m’en fous c’est pas mon pays ! »). On fait son petit marché en quelque sorte.

Le cul entre deux pays

Exemple : je ne peux pas m’empêcher d’être démesurément ému à l’écoute de la Marseillaise, au point d’ailleurs de retenir des larmes. MAIS quand j’entends des Français dans la rue, j’ai envie de leur faire caca sur le torse. Sentiments complètement paradoxaux et pour le moins absurdes, vous en conviendrez. Et pourtant, aussi loin que je me souvienne, que ce soit quand je vivais en Italie ou ici, en Espagne, c’est bel et bien un sentiment non pas de haine mais bien de mépris qui m’envahit lorsque je croise des compatriotes au cours de mes balades en ville.

Souvent je me demande si cela n’est pas inhérent à ma nationalité. Est-ce que je suis le seul à chier sur les Français à l’étranger – catégorie dont je fais pourtant partie ?

Autre exemple : j’aime à parler avec mes voisins et les commerçants de mon quartier, surtout qu’en plus le niveau de vie madrilène est environ deux fois moins élevé que celui de Paris. MAIS quand les indignados se réunissent pour dire que vraiment les politiques sont très très méchants, j’écris un article sur GentleMec pour me moquer d’eux – et à juste titre, je le soutiendrai jusqu’à mon dernier souffle.

Quant à la question de savoir ce que je fous là, elle est porteuse en réalité d’une autre question, bien plus pesante : pourrais-je un jour rentrer ? Imagine-je (et bonne chance si tu lis cet article à haute voix) un jour ma vie ailleurs qu’à Madrid (pour le moment) et plus précisément dans mon cas, à Paris ?

La solitude de l’expat

La solitude de l’expat s’empare alors de moi. Ceux qui vivent à l’étranger, pour de vrai – désolé les Erasmus, je vous aime quand même – savent de quoi je parle. Cette solitude est constituée d’une double personnalité avec laquelle l’on doit jongler perpétuellement.

  • L’une d’entre elle est heureuse de vivre à l’étranger, et n’imagine pas un seul instant sa vie ailleurs. En sa faveur, elle a le prix de la vie, le climat, la gentillesse des habitants, la sécurité d’une ville comme Madrid, et tout un tas de choses positives.
  • L’autre partie, elle, s’imagine plutôt assise sur la première. En sa faveur, elle a deux choses fondamentales : la famille, les amis, et une troisième qui vaut pour moi beaucoup : l’humour. Est-ce que vous saviez que l’humour est la chose qui s’exporte le moins bien ? Je suis persuadé qu’on pourrait manger des grillons exportés d’Afrique ou d’ailleurs que ça marcherait mieux qu’une blague italienne dans un cercle d’amis franco français. Bon OK j’ai peut être pas pris l’humour le plus drôle d’Europe. Une belle prise de tête en somme.

Être loin mais si proches aujourd’hui…

Enfin vivre loin, c’est beaucoup dépendre des autres. Évidemment, je ne corresponds pas vraiment à ce tonton que toutes les familles ont et qui est parti vivre en Argentine dans les années 60, on sait pas trop bien pourquoi. Y’a toujours un tonton un peu chelou dans les familles qui est parti vivre loin on sait jamais trop bien pourquoi.

Ce tonton, il n’avait pas Facebook ni l’email ni rien à l’époque. L’expat des années soixante, c’était autre chose. Aujourd’hui, on est en contact permanent avec notre famille et nos amis et donc, paradoxalement, on dépend beaucoup d’eux, parce qu’on finit par vivre des choses avec nos amis qui sont à 2000 km de nous, alors qu’on pourrait probablement les vivre avec des madrilènes.

Mais on dépend beaucoup des autochtones aussi puisque quand on y pense, si un couple d’espagnols venait s’installer à Paris, les accueilleriez-vous à bras ouverts dans votre groupe d’amis de toujours ? Peut-on nous même, en tant qu’expat, s’intégrer dans un tel groupe d’amis d’ailleurs ? Est-ce que cela a un sens ? (pourquoi aller chercher un groupe de gens avec lesquels nous aurons une culture différente, une éducation donc probablement toute aussi différente, ce que nous pourrions sans doute trouver beaucoup plus facilement en France ?).

Bref, novembre est là. Et avec lui, la saison où la deuxième partie de moi prend le dessus, celle qui se verrait bien rentrer en France.

Qui c'est qui qu'a écrit ?

Charles-Edouard vit à Madrid et travaille dans la communication. Vous pouvez aussi le suivre sur twitter ici (@edouard_c) et il a un tumblr LOL sur le football et ses joueurs.

Les 10 dernières réactions à cet article

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  1. Le 09/11/2011 à 10h16

    Je sais que ce n'est pas le sujet du post, mais moi j'adore le mois de novembre !
    Le brouillard, la nuit a 18h00, le froid qui nous oblige à nous parer de nos plus beaux manteaux et de nos plus majestueuses écharpes !
    Je suis un farouche défenseur du octobre - mars, j'adore l'hiver et le froid, la neige et le glas !

    Hors-sujet je sais, mais fallait que je le dise !
  2. Le 18/11/2011 à 16h02

    Pour avoir vécu un an en Australie (en réalité, deux fois un an, mais la première fois j'étais étudiant et effectivement, c'est différent), je me reconnais bien dans tes propos. Et notamment sur l'humour. J'aime beaucoup les blagues, l'humour, les sketchs, etc.. et qu'est-ce que j'étais frustré de ne pas pouvoir faire partager mon humour (enfin au moins au début)

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