
Stop Online Piracy Act : le S.O.P.A en trois questions
Le mouvement de contestation du SOPA (Stop Online Piracy Act) a choisi ce 18 janvier 2012 pour frapper du plus fort qu’il peut et faire entendre la voix des internautes. Petit débrief.
Après quelques mois de teasing sur Twitter, Facebook et autres gros bonnets du web, le mouvement de protestation contre l’inquiétant Stop Online Privacy Act semble s’apprêter à prendre les armes cette semaine. En trois questions et trois réponses, voici un petit résumé tout à fait arbitraire des faits.
1. Le SOPA c’est quoi ?
C’est un outil juridique comme on pense en avoir déjà vu des dizaines, dont on a l’impression que l’impact a toujours été très anecdotique, et cela pour plusieurs raisons.
- D’abord, le téléchargement et le streaming illégaux sont trop massivement répandus pour qu’une quelconque loi puisse envisager de les prendre d’assaut.
- Ensuite, parce qu’un blocus dans l’opinion populaire accompagne toujours la mise en place de ce type d’outil.
- Enfin, parce que hacktivistes, pirates, acteurs divers du open source et du Creative Commons sont très bien organisés, autant pour fusiller dans l’oeuf la plupart de ces charges anti-piratage que pour mettre en place des modèles alternatifs de fonctionnement.
Pour toutes ces raisons, HADOPI 1, 2, et autres LOPPSI sont plus ou moins condamnées à se planter. En fait, ces kits de lois se différencient surtout sur deux choses : qui ils incriminent (en France, typiquement, on incrimine l’usager), et quelle force de frappe exécutive ils ont.
Ce qui change avec le SOPA, c’est qu’il s’attaque au vaisseau mère du fonctionnement d’Internet. N’oublions pas que de nombreuses invasions alien ont été avortées de cette façon, il y a donc de quoi s’inquiéter réellement. Ce nouvel outil juridique américain a donc, à force d’un lobbying accru, réussi à s’armer de la possibilité de menacer deux piliers fondamentaux de la viabilité de tout site web :
- la publicité,
- le référencement.
Deux vannes que le Stop Online Piracy Act peut ordonner de fermer dès la première infraction constatée. Il s’agit donc d’établir une possibilité d’état de siège : ne pas ordonner la fermeture des serveurs (ce sur quoi Besson s’était ridiculisé en réclamant à OVH de ne plus héberger Wikileaks : en vertu de quoi, mon pote ?), mais plutôt couper les vivres et laisser la nature faire le reste. Petite vidéo en anglais.
2. This is serious business : qui s’y oppose et comment ?
N’ayons pas peur des mots : la dream team des gros bras d’Internet est prête à en découdre. Tous les sites commerciaux, non commerciaux, toutes les huiles du web se sont levées contre cette loi. Les géants menacent de protester via un black-out. Une coupure. Qui sont ces géants? Facebook, Twitter, Google, Wikipédia, eBay, PayPal, LinkedIn, AOL, Yahoo. Via la NetCoalition (regroupements des sociétés opposées au SOPA), cette option a été officiellement déclarée comme envisageable. Une coupure que le site Reddit a d’ores et déjà annoncée de son côté. Que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia, a mis en discussion pour ses utilisateurs (lien en anglais) et devra clarifier bientôt. Et que le mouvement #BlackOutSOPA s’échine à diffuser, fédérer, suivi par quelques millions de followers. L’opération couvrirait douze heures, de 8h à 20h ce mercredi.
Le feront-ils vraiment? Pour les plus gros, qui n’ont rien déclaré à l’exception de ce que la NetCoalition dit indirectement en leur nom, c’est évidemment très improbable. Pour l’instant, ils se sont contentés d’écrire une lettre. 12 heures de coupures, pour un site comme Facebook, c’est s’asseoir sur 5 millions de dollars. Ce n’est pas un hasard si Wikipédia est le seul très gros poisson qui semble vraiment à un fil de décider le blackout : son business model n’est pas publicitaire. Ceci dit, la seule existence de la NetCoalition, même si elle n’est qu’un rassemblement de voix, reste un événement tout à fait inédit dans l’Histoire d’Internet. Et la possibilité d’un rejet massif, concerté, entre les organisations, les sites, les utilisateurs ; et surtout d’un rejet efficace, jusqu’à l’annulation de la loi, est tangible.
3. Alors qu’est-ce qu’on fait ?
Je ne cherche à embrigader personne, et je respecte qu’on soit farouchement opposé au piratage. Je m’adresse simplement à ceux qui téléchargent déjà, à titre strictement informatif : ça pourrait devenir plus compliqué dans pas longtemps. Tous les trackers bittorrent peuvent tout à fait se voir privés de publicité et de référencement, et donc d’un modèle d’existence viable.
Ce qu’on fait ? On en parle. Contrairement aux tentatives mort-nées d’entamer le piratage et le streaming par le passé, le SOPA peut réellement transformer le visage d’Internet. Il s’agit d’un risque tout ce qu’il y a de plus sérieux. Le site très bien foutu de l’opération de black-out explique point par point ce qu’on peut faire, à différents degrés d’implication qui échappent très vite à nous Français, puisque, ne l’oublions pas, c’est encore une loi américaine.
À ce titre notamment, l’impact d’un buzz est principalement électoral : si Obama soutient une loi qui prive les Américains de téléchargement, il se prive aussi de leur vote, tout du moins une partie. L’impopularité du mouvement est proportionnelle à la popularité de la protestation. C’est précisément ce qui conduit aujourd’hui la Maison Blanche à se désolidariser du Congrès sur la question du SOPA. Ne nous arrêtons donc pas en si bon chemin.
Voilà. Maintenant que vous êtes bien au parfum, je terminerai sur cette citation trouvée l’autre jour sur Twitter, que je trouve très appropriée :
Ne nous étonnons pas que des gens qui ne touchent jamais à un ordinateur écrivent des lois pour les contrôler ; ça fait des siècles qu’ils font des lois sur les vagins.
Le 17/01/2012 à 12h28
Bof de toute façon les politiques se permettent des trucs si aberrants et antidémocratiques quand il s'agit d'internet que plus rien ne m'étonne...Passages de lois en force, ignorer l'avis du Sénat, des consultants, du peuple, des députés en général, et même du conseil constitutionnel tant qu'on y est.
Ils choisissent les plus gros incompétents possibles et comme la population entrave que pouic à l'informatique, personne se bouge outre mesure.
Plus le temps passe et plus je sens que 1984 et la Chine se rapprochent de nous.
Cartes d'identités numériques et fichier national des empreintes biométriques, puces RFID un peu partout, CNIL castrée, juges shuntés...
La liberté et l'anonymat ça coute du pognon alors forcément en période de crise...
Le 17/01/2012 à 15h05
"Ne nous étonnons pas que des gens qui ne touchent jamais à un ordinateur écrivent des lois pour les contrôler ; ça fait des siècles quils font des lois sur les vagins."J'adore, c'est tellement vrai...
Cette loi est une de plus qui s'attaque à internet... avec comme fond d'argument de protéger le monde artistique (audio et vidéo en particulier, parce que télécharger un tableau... puis des bouquin illégaux ça court pas Google à vrai dire).
Je trouve que ça donne un sentiment de lutte contre l'évolution de notre culture et de notre société... certains me diront que c'est un passage obligé, mais un passage qui nous fait relativement
Le 17/01/2012 à 16h05
Mais en même temps, cette loi peut leur faire perdre de l'argent... Donc on verra bien si on va se faire une journée sans internet les gars!
Jimmy Wales a annoncé la fermeture de wekipédia U.S pendant une journée entière !! On verra bien ce qu'il en adviendra. Mais ce qui est sur, c'est que c'est assez grave. Car ça donne le controle du net à quelqu'un ...
Le 17/01/2012 à 18h17
C'est quand même hallucinant que peu de personnes (j'entend au pouvoir bien sur) ait compris qu'il faut maintenant faire avec le téléchargement et proposer des compromis qui permettent à l'acheteur de ne pas se faire avoir par des prix exorbitants, bien que beaucoup de modèles intéressantes nous prouvent qu'il est possible de gagner de l'argent sans que le client paye (ou pas beaucoup) je pense à des systèmes comme deezer (avant la limitation à 5H/mois imposé par les majors bien que le système d'abonnement me semble tjrs intéressant), à Itunes et Cie, à Beezik...donc je pense qu'à long terme cette pseudo gratuité est bonne, à condition qu'un (ou plusieurs) modèle économique (intégrant cette habitude qu'on les gens) soit trouvé.
Le 18/01/2012 à 08h47
Jimmy Wales a annoncé la fermeture de wekipédia U.S pendant une journée entière !! On verra bien ce qu'il en adviendra. Mais ce qui est sur, c'est que c'est assez grave. Car ça donne le controle du net à quelqu'un ...
Des sites non américains se mobilisent également : Sopa*: la Wikipédia francophone pas solidaire de la grève anglophone | Hotel Wikipedia | Rue89 Les blogs
Le 18/01/2012 à 09h54
donc je pense qu'à long terme cette pseudo gratuité est bonne, à condition qu'un (ou plusieurs) modèle économique (intégrant cette habitude qu'on les gens) soit trouvé.
EDIT : J'ADORE ce qu'a fait ce site pour le Blackout : http://theoatmeal.com/sopa
Le 18/01/2012 à 15h13
Réactions très drôle d'américains stupides et pas au courant : https://twitter.com/#!/herpderpediaWHAT DOES WIKIPEDIA HAVE AGAINST SOAP ?
Le 18/01/2012 à 15h20
EDIT : J'ADORE ce qu'a fait ce site pour le Blackout : TheOatmeal.com blacked out in protest of SOPA / PIPA - The Oatmeal
Le 18/01/2012 à 17h31
Très bon article !